/mdt/ - Délicieux macchabée

Délicieux macchabée (9 Réponses)

1 .

On me dit dans les pensées que je ferais mieux de créer un fil dédié si je veux de la participation. Du coup j'exauce, et j'explique le concept : j'ai écrit un début d'histoire fortement orienté mais ouvert à votre imagination, et je vous propose d'écrire la suite, comme un genre de cadavre exquis. D'ailleurs, rien n'exclut de former une fraiche histoire arborescente en élaborant différentes suites aux différentes suites qui vous inspireront le plus, en citant le message à partir duquel vous continuez.

Comme il ne fait pas bon poster un pavé dans le PO, je vous mets l'amorce en première réponse :

2 .

Moi, les filles qui boivent du rosé pamplemousse, ça m'excite.

Tenez, l'autre fois, on rentrait chez moi d'un afterwork foireux avec ces collègues que je connais mal, j'en ai profité pour écouler deux des six bouteilles de rosé pamplemousse que j'ai en permanence dans la porte du frigo. Ils se sont globalement bien foutus de ma gueule, voyons Ânon c'est quoi ce jus de gonzesse, pourquoi tu en as autant en réserve, mais moi j'étais à l'affût, et j'avais raison. Laura, elle, elle avait gloussé comme les autres, mais elle aimait vraiment ça. Elle s'en est servi quatre verres en tout, j'ai réussi à accrocher ses yeux au troisième, et à partir de là c'était chaud patate, pour reprendre l'expression qu'elle employait tout le temps (elle l'avait quand même glissé au moins cinq fois aujourd'hui, dont deux devant des clients importants).

Les gens sont partis un par un, et à la fin il ne restait que Phil, Laura et moi. Phil ne s'appelle pas Philippe, il s'appelle Philémon, et il est sympa mais c'est un putain d'aspie ; il n'avait pas conscience que Laura et moi, on attendait qu'une chose, c'était qu'il se casse. Il avait bu encore plus de rosé pamplemousse qu'elle, et il se croyait drôle à ramper sur mon parquet à chevrons. Ses mouvements étaient d'une fluidité reptilienne, et il suivait le rythme du vinyle rare de Miles Davis qui tournait encore en fond comme s'il avait lui-même joué ces lignes de batterie. J'ignorais que l'alcool faisait cet effet à Phil, et je n'ai plus jamais bu avec lui après, mais le fait est qu'on a fini par le foutre à la porte sans s'expliquer.

Au départ, on a juste déconné sur Phil, quel couillon quand même, mais adorable hein, et vraiment un mec en or, d'ailleurs on l'a jamais vu avec une fille, si ? Mais on ne venait pas de le virer pour se dire tout le bien qu'on pensait de lui, il s'agissait surtout de baiser. Je nous ai resservi un rosé pamplemousse. Seul le plafonnier art nouveau flattait maintenant par le haut son visage anguleux. Elle avait vraiment des traits fins et osseux, et l'ombre portée des arcades sur ses yeux brun-ocre, profondément enfoncés dans des orbites tout de même plutôt féminins, lui faisait un regard indéchiffrable. Eussions-nous été en 1717, le contraste entre cet effet et le reflet du luminaire dans le ménisque sophistiqué qu'a dessiné le jus de gonzesse au contact de sa lèvre supérieure m'aurait inspiré des huiles sur toile de folie, mais nous étions en 2017 et il m'a donc seulement inspiré une érection, ce qui est déjà pas mal, compte tenu du fait qu'au même moment une de mes mains parcourait les reliefs de son dos cyphosé jusqu'à l'échine, comme l'ont souvent les timides à mamelles lourdes, et que l'autre agaçait son entrejambe à travers son slip, sur lequel elle avait renversé du rosé pamplemousse.

3 .

Ce message a été effacé.

4 .

Le cadavre exquis vient des surréalistes ; tu as donc activé ma carte piège Surréalisme.

 

Alors que les mouvements de Phil entraient en osmose avec la musique et les chevrons, la fille rosé pamplemousse s'affala légèrement et utilisa son avant bras pour m'indiquer que ma main était autorisée à contourner la barrière de tissu. La vision périphérique perçoit mal les détails, mais elle perçoit les mouvements, même quand on ne se concentre pas dessus ; la danse devenu quasi mystique de Phil devait sans doute m'influencer inconsciemment. Ma main était devenue un serpent rampant vers le repère du Grand Féminin que les pairs devenus le Père m'ont toujours dit d'aller récupérer sans quoi je perdrais mon visage.

Phil guidait en rythme ma main entre les chevrons pubiens. Au terme d'un long périple j'arrivais enfin au temple du rosé pamplemousse. Je tirais de ma poche le Manuel : 1° négocier avec la prêtresse l'entrée en lui offrant de la pyrite 2° prier sa perle aussi rapidement que possible pour qu'elle estime le contrat remplit 3° aller retrouver mon visage dans l'antre. Heureusement, la prêtresse était tombée dans le piège que je lui avait tendu plus tôt, elle aurait accepté des cailloux quelconques. Le serpent finissait d'enlever les décorations inutiles pendant que je me préparais à me mettre au travail. On en parle rarement en termes explicites entre explorateurs, mais c'est le moment de tous les dangers pour nous. Ceci dit, il suffit de faire semblant jusqu'à récupérer son visage. Je le voyais là au fond, il me disait « Tu n'en as pas assez », mais je me répétais que si. Il me brandit poupée de bois mal dégrossie, et j'y reconnaissais là ma rose pamplemousse. Elle me disait « Tu n'en as pas assez ». Comme le disent les Pères, il y a une solution simple, il faut montrer qu'on en a plus qu'il n'en faut, même s'il y en a jamais assez. La poupée me dit alors qu'elle adorerait ça. C'était donc peut-être assez, en tout cas pour le moment, pour retrouver mon visage.

Lui Phil n'écoutait jamais rien de tout ça, et il ne comprenait pas. Il lui manquait le visage des Pères. Je le perdais fréquemment, mais je le retrouvais à peu près aussi fréquemment. Comment faisait-il pour vivre sans ? Quand je ne l'ai pas, je n'existe pas et ma main m'arrache la peau morceau par morceau. Les Pairs ont toujours fait le même rituel que moi, donc ils devaient vivre la même chose, ce qui prouve que c'est notre destin. Phil ne comprenait même pas ça. Comment peut-on être aussi stupide et faible ? Je le haïssais, il ne pouvait pas faire partie de ma cosmogonie. Lui faire remarquer qu'il n'avait pas le visage des Pères devait sans doute finir par lui faire comprendre quel est l'ordre de l'univers. De toute façon, c'est soit ça, soit être prêtresse, et je ne souhaiterais ça à personne. J'aime les prêtresses de tout mon cœur. J'ai toujours su que si j'avais un visage et que je leur offrait assez de pyrite, je pourrais enfin sortir de mon puits sombre.

5 .

>>4

Phil, lui, n'était pas homme à minéraux.

Il se foutait de l'or des fous, et la simple évocation de son processus -pourtant élémentaire- de minéralisation lui donnait d'affreux maux de tête. Il la prenait alors dans ses mains, et hurlait en gigotant qu'il aurait du rester chez lui, là où, au moins, tout le monde le comprenait. C'était alors le début d'un interminable monologue, où il évoquait pèle-mêle sa courbe d'apprentissage "atypique", sa philatélie latente, son enfance sans père, et son angoisse des quasi-zeugmas. Phil, miné, râle, philosophant sans filtre, laissant filer le fil de ses pensées, et dévoilant en filigrane son enfance sans filiation.

Dans ces moments-là, son physique de personnage de bande dessinée n'arrivait plus à le rendre sympathique, ni à cacher son cruel manque de charisme. Ses phylactères manquaient de caractère.

6 .

>>5
Phil le lendemain alluma la télévision, souhaitant s'enquérir des nouvelles. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il lut aux infos : "Béziers en Ligue 2".

7 .

Une bourrasque fit s'ouvrir la fenêtre et Phil vit entrer dans sa maison une quinzaine de listes de courses. Confus, il les attrapa et les empila une à une. Que vais-je bien pouvoir en faire ? — pensa-t-il, quand il entendit sa voisine, dans la rue, crier. Qui a mes listes ? Qui a mes listes ? Son mari, qui avait vu les listes de courses entrer par la fenêtre de Phil, répondit...

8 .

" Ma fille, ma femme et ma chair, regarde, les listes sont rentrées dans cette maison."

La voisine se mit à courir vers la fenêtre et pénétra d'un bon athlétique dans la demeure.

9 .

Dommage, ça partait bien.

10 .

Rien ne t'empêche d'ignorer N°8.
Styles : Acrimonie Nuit